L'étroitesse de l'Évangile

 

 

L'étroitesse de l'Évangile

 

 

 

 

"Combien étroite est la porte et resserré le chemin qui mènent à la vie ! Et il y en a peu qui le trouvent" (Mat 7.14)

 

 

Lorsque Jésus fut allé trouver Matthieu au bureau des péages de Capernaüm, et qu'il l'eut appelé à l'apostolat, l'ancien péager tint à célébrer par un festin l'honneur qui lui était échu. De nombreux membres de la société dont il avait fait partie vinrent se grouper, à sa table, autour de Jésus et des disciples. Ce fut le banquet des misérables et des proscrits dont le Sauveur des pécheurs acceptait la communion. Ce fut la divine largeur de l'Évangile mise en évidence devant tous.

 

La largeur de l'Évangile, scribes et pharisiens n'y comprennent rien. Ils s'étonnent, ils murmurent, ils se scandalisent. Manger avec des péagers et des gens de mauvaise vie ! Quel scandale ! Quel affront fait à toutes les convenances ! Mais les étroitesses du passé ont fait leur temps. Le Dieu d'Israël ouvre en Jésus-Christ ses bras à n'importe quel pécheur. Il veut que tous soient sauvés ! Il met sur les lèvres de son bien-aimé cette parole pleine de gratuité et de miséricorde universelle : Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés ! C'est le monde qu'il veut arracher à la perdition, le monde tant païen que juif. Où que se trouve quelque cœur malheureux, quelque esclave du péché, l'amour divin va le chercher. Quelle que soit la nature du mal qui fait souffrir le pécheur, le divin Médecin apportera la guérison, jamais il ne sera trop tard pour que le Libérateur puisse faire son oeuvre. Il ne demandera, pour l'accomplir, ni argent, ni or, ni aucun don, ni aucun travail de l'homme. Il ne demandera que la foi qui accepte. 0 largeur de l'Évangile, que tu es belle, que tu es grande, toi que je vois éclater partout où paraît Jésus, le Sauveur !

 

Et cependant, devons-nous le taire ? ce même Jésus s'est écrié : Combien étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et il y eu a peu qui le trouvent ! Peu de sauvés, puisque, à côté de la largeur de l'Évangile, il y a l'étroitesse de l'Évangile. Peu de sauvés, à cause d'un fait que la miséricorde infinie de Dieu même n'a pu changer, mais qu'elle a dû laisser subsister. Peu de sauvés, à cause de cette pierre d'achoppement et de chute qui n'a pu être éloignée du chemin du salut, si largement, si généreusement ouvert devant les pas de tous !

 

L'étroitesse de l'Évangile ! Mes frères, ne songeons pas à vouloir l'effacer, l'Évangile, sans elle, ne serait plus l'Évangile. Il la lui faut, tout aussi bien que sa merveilleuse largeur. Il n'accomplira pas, sans elle, cette œuvre de relèvement et de régénération qui fait du pécheur coupable et perdu un concitoyen des saints et un domestique de Dieu. Il ne serait, sans elle, qu'un rayonnement divin, éclairant pendant quelques courts instants la nuit du péché, pour la laisser paraître dans la suite d'autant plus noire. Non, ne demandons pas que l'étroitesse de l'Évangile disparaisse,  demandons plutôt à la voir et à la connaître comme l'ont vue et comme ont appris à la connaître tous les héritiers de la vie éternelle. Étroite la porte, resserré le chemin : Divin Auteur de notre salut, si large de cœur, si désireux de nous sauver, si plein d'amour pour le monde perdu, qu'as-tu entendu par là ?

 

L'Évangile est étroit, d'abord, parce qu'il nous place dans la voie de l'obéissance et de la soumission. Il vient dire à l'homme qu'il n'est pas destiné à être son propre maître, à faire sa volonté, à vivre selon les pensées de son cœur. Il le met plutôt dans la dépendance d'un autre et il porte atteinte par là à son orgueil et à ses ambitions les plus chères. Dépendre, obéir, se soumettre, cette parole est dure, qui peut l'entendre ? Elle en a fait reculer des milliers. Elle suffit à expliquer pourquoi l'Évangile est en défaveur auprès du grand nombre. L'homme réclame sa liberté, sans se douter, hélas ! que la liberté qu'il rêve n'est, au fond, que la pire des servitudes et que lui, qui se déclare libre, est l'esclave de ses passions et de ses convoitises, l'esclave des choses d'ici-bas. La chaîne de fer ou d'or qu'il traîne il semble ne pas la voir, il a l'air de l'avoir choisie et de se plaire à la porter, il se persuade qu'il est libre, il affirme qu'il l'est, et, semblable aux Juifs repoussant la main de Jésus, il s'écrie : Nous n'avons jamais été les esclaves de personne ! Pauvre cœur humain ! Il ne sait pas, il ne veut pas savoir que nul ne sera libre avant d'avoir subi l'humiliation, à laquelle l'Évangile appelle tout homme qui veut être sauvé, et d'être entré, de bon cœur, dans le chemin de l'obéissance et de la soumission tracé pour lui en Jésus-Christ.

 

En Jésus-Christ, ai-je dit. C'est lui, en effet, qui se tient à l'entrée de la voie du salut, c'est lui que l'homme y rencontre à chaque pas, c'est lui qui demande, avec autorité, d'être reçu et suivi. Je suis le chemin, dit-il, non pas un des chemins possibles, mais le chemin, le seul et unique chemin qui mène à la vie. Je suis, dit-il, la vérité, non pas une vérité, mais la vérité même. Je suis la lumière, non pas un rayon de lumière, utile dans telle circonstance spéciale, indispensable ici ou là, mais la lumière venue au monde pour éclairer la conscience, le cœur et l'âme de tout homme. Je suis la vie, ne la cherchez jamais ailleurs, ni dans quelque institution ecclésiastique, ni dans quelque habitude de piété, ni auprès de quelque homme, si excellent soit-il et quelque bons que soient les conseils qu'il donne.

 

Je suis le bon Berger. Je suis la porte, si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé, il entrera, il sortira et trouvera de la pâture. Celui qui ne me suit pas, n'est pas digne de moi. Hors de moi, vous ne pouvez rien faire ! Vous le voyez, c'est à prendre ou à laisser. Choisir Jésus-Christ, le prendre pour Maître, le suivre, le servir, se laisser conduire, garder, bénir par lui, ou bien périr avec les conseils que nous donnera notre propre cœur et dans le chemin où nous conduira notre propre sagesse : il faut l'un ou l'autre. D'autre possibilité, point ! Lequel des deux voulez-vous ? Oh ! combien étroite la porte et resserré le chemin !

 

Et ce Jésus, hâtons-nous de l'ajouter, ce Jésus qui se place de la sorte sur notre chemin, demande de nous non seulement des ovations, de l'admiration et des promesses, mais de l'obéissance. Il ne sera l'Auteur d'un éternel salut que pour ceux qui lui obéissent. Il ne tolère pas que j'accepte en théorie et en principe seulement, son autorité sur ma personne, ma vie, mes actions, mes paroles et mes pensées, il exige que je me livre à lui afin qu'il détruise en moi ce qui ne peut voir le royaume de Dieu, et qu'il fasse de moi un homme nouveau. Il va jusqu'à me dire cette parole que tout enfant du siècle repoussera comme une folie : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même et qu'il me suive. Quiconque voudra sauver sa vie la perdra, quiconque perdra sa vie pour l'amour de moi, la trouvera. Sauver, seulement quelques fibres de notre cœur naturel, sauver, soustraire à la discipline de Jésus-Christ, ne fût-ce qu'une partie de notre raisonnement et de notre volonté, sauver, conserver pour y revenir avec satisfaction, ne fût-ce qu'une seule de ces vanités, de ces ambitions, de ces habitudes, un seul de ces mauvais désirs, dans lesquels nous nous retrouvons nous-mêmes, qui nous plaisent et qui nous flattent - qui ne l'aurait jamais voulu ? Qui ne le voudrait aujourd'hui encore ? Mais il faut tout donner à Celui qui demande tout. Quiconque ne renonce pas à tout ce qu'il a, ne peut être mon disciple. Oh ! combien étroite est la porte et resserré le chemin !

 

Serait-il nécessaire d'affirmer que le dépouillement, auquel le Maître soumet son disciple, ne se fera jamais sans souffrance ? Il en coûtera au coeur de suivre le chemin de l'obéissance et de voir mourir ce qui compose l'homme terrestre. Jamais Jésus n'a essayé de le cacher. À ce scribe, qui, impressionné par sa parole, vient lui offrir ses services, il dit : Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête, le scribe serait-il prêt à partager ce sort ? Aux disciples, il annonce que le monde les haïra, seront-ils à même de le supporter ? À tous les siens, il ordonne, par une image significative, de lui ressembler, à lui qu'on clouera au bois maudit : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se charge chaque jour de sa croix et qu'il me suive. Il sera là, sans doute, pour secourir dans leur faiblesse tous ceux qui porteront son joug, il leur rendra le courage, à l'heure de la défaillance, lui, qui a vaincu le monde, il priera pour eux, lui, le divin Avocat de leur âme : Il leur donnera et laissera sa paix, ce trésor que rien ne ravira au cœur racheté. Mais malgré cet appui, ces consolations, ces joies intimes du chrétien, combien étroite la porte et resserré le chemin de l'obéissance et de la soumission où il marche et qui seul le mènera à la vie !

 

L'Évangile est étroit encore parce qu'il nous place dans la voie de l'amour. Obéir et aimer, voilà la vie chrétienne ! - Aimez ! Appel plein de douceur, devoir facile, on le dirait, facile, en effet, aussi longtemps qu'il s'agit d'aimer comme le monde aime. Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous ? Les péagers mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne faites accueil qu'à vos frères et sœurs, que faites-vous d'extraordinaire ? Les péagers mêmes n'en font-ils pas autant ? Mais ce n'est pas ainsi que l'Évangile entend l'amour. Il se présente à la porte de notre cœur égoïste avec des ordres étonnants. Il demande une charité patiente, pleine de bonté pour tous et qui ne cherche point son intérêt. La montrerons-nous sans devoir faire un suprême effort sur nous-mêmes ? Il demande une charité qui ne soupçonne point le mal, qui excuse tout, qui croit tout, qui espère tout, qui supporte tout. Est-ce ainsi que nous aimerons, sans avoir surmonté d'abord, dans une lutte désespérée contre les sentiments et les dispositions qui nous sont naturels, la résistance qu'opposent à l'ordre divin notre cœur et notre caractère ? Et si l'Évangile ne va jamais jusqu'à vouloir faire passer la charité avant la vérité, si jamais il n'autorisera les concessions accordées par faiblesse, la conciliation sur toute la ligne, le sacrifice d'une conviction, quelqu'une de ces lâchetés morales dont le monde est plein, si jamais il ne nous permet d'immoler ni la dignité du chrétien, ni la moindre parcelle de la fidélité que le chrétien doit à son Maître, il nous ordonne cependant, s'il se peut faire et autant qu'il dépend de, nous, d'avoir la paix avec tous les hommes. Il va plus loin encore en établissant pour nous cette règle de conduite, inconnue même du peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance : Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien a ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous outragent et qui vous persécutent ! Où donc s trouverait, - parmi tous ceux qui, selon la parole du Maître, ont voulu être parfaits, parfaits dans la charité, - où donc se trouverait le chrétien dont le cœur n'aurait jamais déclaré difficile, étrange, impraticable même, la voie où son Dieu l'appelle ? Avez-vous pu y marcher, sans vous apercevoir à chaque pas que votre amour-propre, votre susceptibilité, votre orgueil se redressaient et sans qu'une voix, celle de votre coeur naturel, vous criât : Tu ne peux pas aimer comme l'Évangile veut que nous aimions ! Oh ! combien étroite est la porte et combien resserré le chemin qui mènent à la vie !

 

L'Évangile est étroit, encore, et je dirais surtout, parce qu'il nous met dans la voie où, pour le meilleur même, le plus excellent, le plus obéissant, le plus aimant des hommes, tout est grâce à jamais. Vous êtes-vous déjà placés, en la prenant bien au sérieux, devant cette parole que Jésus dit un jour à ses disciples : Quand vous aurez fait, tout ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, car nous n'avons fait que ce que nous étions obligés de faire ! Quelle exigence que celle-là ! Elle ravit au disciple de Christ jusqu'au sentiment de satisfaction, si légitime selon le monde, qu'il voudrait éprouver en se disant, qu'au service du Maître, il a fait son possible. Elle ne lui laisse que l'humiliation d'une vie dont seule la grâce divine pourra faire sortir quelque bien et dont seule elle pourra combler les innombrables lacunes. 

 

Pensez-vous que ces choses soient faciles à accepter pour un coeur tel que le nôtre, disposé toujours à grossir les mérites de l'homme et à le juger indispensable avec ce qu'il a à donner ? Prenez encore cette déclaration solennelle et grave de Paul : Vous êtes sauvés par grâce par la foi, cela ne vient pas de vous, c'est un don de Dieu. Ce n'est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie. Je n'en exagérerai pas la portée en disant qu'elle ne laisse au chrétien le plus accompli pas d'autre espoir de salut qu'au plus grand pécheur. Un acte de grâce, gratuitement accompli, engloutissant le péché, réparant les erreurs, lavant le pécheur de ses fautes, le revêtant du fin lin de la justice de Christ, voilà ce qui les sauvera l'un comme l'autre ! 

 

La raison et le cœur humains imagineraient-ils quelque coup plus sensible à notre orgueil, quelque réponse plus dure à nos prétentions, quelque chose de plus diamétralement opposé enfin à la manière de faire et de penser du siècle présent ? Vraiment, tu as eu raison de dire, ô Jésus : Combien étroite est la porte et combien resserré le chemin qui mènent à ta vie ! Oui, combien étroite, combien resserré ! Et combien il m'est facile de comprendre aussi ce que Jésus ajoute : il y en a peu qui le trouvent ! La largeur de l'Évangile plairait à tous, son étroitesse n'est acceptée que par le petit nombre. Un jour, scandalisés des paroles de Jésus, plusieurs de ses disciples se retirèrent et ils n'allèrent plus avec lui. Mais Jésus a l'air de ne pas s'en étonner. Et vous, demande-t-il aux douze, ne voulez-vous point aussi vous en aller ? Le Maître les laisse libres, ils connaissent sa pensée, sa volonté, ses dispensations, l'étroitesse du chemin qu'il leur indique ; à eux maintenant de prendre une décision, à eux autrefois, à nous aujourd'hui. Que ferons-nous ? Sommé de répondre : Seigneur, à qui irions-nous ? tu as les paroles de la vie éternelle, s'écrie Pierre. 

 

À qui irions-nous ? disons-le à notre tour. Tes paroles, quelque sévères qu'elles soient, sont pourtant et seront toujours notre seul salut. 
Rosy Maxwell - ACO

 

 

 
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