Porter les fardeaux

 

Porter les fardeaux

 

 

"Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la loi de Christ" (Gal 6.2)

 

 

Je n'avance rien de nouveau, en disant que le monde, toujours en quête de reproches à faire à l'Évangile de Jésus-Christ, prête aux disciples du Seigneur les dispositions de ce pharisien qui, debout dans le temple, se vantait de ne pas être comme le reste des hommes. Cette accusation, nous la repoussons, parce qu'elle est fausse. La Bible que nous lisons, l'Évangile, Jésus-Christ dont nous reconnaissons l'autorité sur nos âmes et dans lequel nous saluons notre seul Sauveur, nos expériences chrétiennes aussi, nos souvenirs d'hier et nos souvenirs d'aujourd'hui, tout s'unit pour nous dire, sans ménagement pour notre orgueil, que nous sommes de pauvres pécheurs, et, convaincus de la justesse de ce verdict, nous acceptons l'humiliation. En un sens, cependant, le monde ne se trompe pas : Ce même Évangile qui nous abaisse, nous autres chrétiens, nous élève aussi, crée pour nous, parmi nos semblables, une situation à part, nous met sous le régime d'une loi d'exception, nous investit de charges qui ne sont pas pour tous. Vous êtes, nous dit-il par la bouche de Saint-Pierre, la race élue ; vous êtes sacrificateurs et rois, vous êtes la nation sainte, le peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de Celui qui, des ténèbres, vous a appelés à sa merveilleuse lumière. Et si frappés de la beauté et de la grandeur de ces titres, nous demandons quel est le ministère auquel ils nous destinent, je veux dire quelles sont les fonctions royales et sacerdotales que nous avons à remplir, Paul nous les signale dans cette ligne qu'il écrivait aux chrétiens de la Galatie : Vous qui êtes spirituels, portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la loi de Christ.

 

Jésus-Christ a pris sur lui nos fardeaux : Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés et moi, je vous soulagerai, voilà son appel, sa vocation, sa joie. "Il naquit pour servir, et servir fut sa gloire". Dès lors, la route est tracée devant nos pas, à nous qui croyons en son saint nom et qui avons accepté son salut. Faire comme le Maître, lui ressembler dans son oeuvre de secours, de soulagement, de miséricorde, accourir vers ce frère que nous voyons courbé. sous quelque fardeau, lui aider à le porter, en charger nos épaules, ce sera là notre mission, la mission du chrétien, ce seront là les conditions nouvelles et exceptionnelles où nous place, sur cette terre, l'Évangile de Jésus-Christ.

 

Portez les fardeaux les uns des autres ! Ordre étrange, en effet, étrange aussi longtemps que je l'envisage des yeux de l'homme irrégénéré qui ne connaît que les faiblesses et les lois de ce monde. Cet être que la Bible appelle l'homme naturel (par où elle entend l'homme qui ne connaît ni Jésus-Christ, ni les vertus régénératrices de l'Évangile), cet homme naturel ne songe qu'à lui-même et ne connaît que sa peine. Demandez-lui de se souvenir de celle du frère qui est à ses côtés et, presque toujours, il la déclarera plus supportable que la sienne propre, moins réelle, moins pénible, moins digne de compassion que celle qui pèse sur ses épaules. Il ajoutera que sa force ne suffit point pour porter son propre fardeau, comment lui servirait-elle à porter celui des autres ? Et si cet homme, jaloux, malgré tout, de se faire la réputation d'être bon, serviable, compatissant, généreux, ne refuse pas toujours son aide, si cet homme, dans telle occasion qui appelle la compassion à grands cris, prête à quelque malheureux l'appui de son bras, s'il tient à ce que, de temps à autre, un fruit excellent apparaisse sur l'arbre de sa vie, une vertu, un acte de charité, un sacrifice qui fasse parler de lui, non, ce ne sera pas là ce que Paul entend par cette parole : Portez les fardeaux les uns des autres. Cet homme dont je vous parle, sera toujours sous la loi de ce monde qui admet et protège l'égoïsme du cœur naturel. Il ne sera pas sous la loi de Jésus-Christ qui ordonne cette chose nouvelle, inouïe partout où l'Évangile ne règne pas, impossible là où Jésus n'a pas été reçu et où Jésus n'est pas aimé, cette chose qui se nomme l'oubli journalier et incessant de soi-même au service de l'autre !

 

Portez les fardeaux les uns des autres, vous qui êtes spirituels ! Quel ordre ! Il établit entre les croyants une communion de peines, de souffrance même, qu'ils auront à accepter volontairement et joyeusement, dans la force que Jésus-Christ leur donnera. Jusqu'où s'étendront ces obligations ? Où s'arrêteront-elles ? Il serait difficile de le dire. Partout où le chrétien voit son semblable marchant sous le poids de quelque fardeau, partout où il devine une peine, une souffrance, il se doit à cette infortune. Sa mission ne finira pas même là où il sort des rangs de ceux qui confessent avec lui leur foi au Sauveur du monde. Pourrions-nous croire l'Évangile étroit à tel point qu'il nous permît de ne secourir que les membres de nos Églises ? Serait-ce là l'exemple que Jésus a laissé aux siens ? N'a-t-il pas pris sur lui n'importe quel fardeau et le fardeau de n'importe qui ? À nous de nous souvenir de sa manière d'agir, et de l'imiter.

 

Il est, une catégorie d'hommes que leur vocation terrestre place, bien particulièrement, en présence de ce devoir commun à tous les chrétiens, et qui sont appelés, d'office, à porter les fardeaux de leurs frères et soeurs. Ce sont les ministres de la Parole, les pasteurs du troupeau, les serviteurs de Jésus-Christ dans son Église. Leur tâche, s'ils la comprennent, s'ils ont à coeur de l'accomplir, est grande, infiniment plus lourde qu'on ne le croit communément, beaucoup plus riche qu'on ne le pense en humiliations journalières. Ce sont eux qui, les premiers, éprouvent tous les jours à quel point il est difficile à l'homme de porter, avec son propre fardeau, celui des autres, et à quel point la force naturelle de l'homme est insuffisante pour ces choses.

 

Ah ! je ne m'étonne pas qu'un Paul même, fléchissant sous le poids de son ministère, ait demandé les prières de ces Églises, auxquelles il adressait ses lettres. En réclamant ce secours, il était incontestablement dans son droit. Si le pasteur doit porter le fardeau de l'Eglise, l'Eglise aussi doit porter le fardeau du pasteur. Elle manquerait à son devoir, elle s'écarterait de la voie de Jésus-Christ, si elle se contentait d'être servie, de recevoir, d'être soulagée. Elle a, vis-à-vis de son conducteur spirituel, des obligations sacrées. Et plus le fardeau est pesant sur les épaules de celui qui est appelé à la guider, plus elle sera jalouse de le porter avec lui.

 

Et ceci nous amène au cercle de ceux qu'une commune foi unit à un Sauveur commun à tous, à la famille de Jésus-Christ dans son ensemble. Au sein de ce troupeau, mis à part, au milieu de la génération perverse et incrédule d'un monde qui n'a pas connu Dieu, ni gardé sa Parole, au sein de l'Eglise chrétienne que je ne confonds avec aucune de nos dénominations spéciales, doit être constamment rappelé et fidèlement pratiqué cet ordre apostolique : Portez, les fardeaux les uns des autres. Il serait bon qu'on le gravât sur les murs de tout intérieur chrétien, afin que l'oeil l'aperçût dès le matin et que le coeur n'eût jamais la possibilité de dire pour son excuse qu'il l'a oublié. Sur les murs d'abord qui abritent la famille chrétienne. Quelque incroyable que cela puisse paraître, il n'en est pas moins vrai que les membres de la famille même selon la chair ne songent pas toujours à porter les fardeaux les uns des autres, eux auxquels les lois de la nature prêchent ce devoir avant même que l'Évangile le leur signale. Sur les murs, ensuite, entre lesquels s'écoulent les existences solitaires qui poussent au service de soi-même, parce qu'elles ne connaissent pas les obligations naturelles. Qu'en pensez-vous ? ne seront-elles pas également privées de contentement d'esprit, de paix, de bonheur et de joie, jusqu'au jour où se révélera à elles, illuminée d'un rayon d'en haut, expliquée par le St-Esprit, cette parole de l'apôtre : Portez les fardeaux les uns des autres ? Ah ! la belle, la grande vocation que celle-là ! Combien digne du chrétien, combien digne de remplir notre temps, d'occuper nos pensées, combien propre à donner de la valeur à notre vie en la rendant utile ! Dites donc aux jeunes, dites aux personnes âgées, dites à tous les âges représentés dans l'Eglise du Seigneur, dites à tous ceux qui, avec nous, courent au-devant du même but, dites-leur, quelles que soient d'ailleurs leurs circonstances et leurs occupations, dites-leur qu'ils sont appelés à porter les fardeaux les uns des autres, et que c'est par l'obéissance à cet ordre qu'ils accompliront la loi de Christ.

 

Oui, plus les membres de l'Eglise de Jésus-Christ auront compris par le cœur, et mieux ils pratiqueront la règle divinement établie pour le bien de tous, plus aussi ils éprouveront cette satisfaction intime que l'Évangile seul procure, soit qu'il ordonne, soit qu'il donne. Et plus, à l'exemple de leur Maître, ils seront larges et généreux dans l'exercice de leurs fonctions sacrées, plus aussi ils seront bénis et récompensés par grâce. Autour d'eux, dans le monde que déchirent les envies et les jalousies, où chacun suit son propre chemin, où les épreuves frappent sans qu'il y ait une consolation apportée par l'Évangile, dans ce monde, chrétien de nom seulement, que de fardeaux lourds à porter, que d'épaules qui fléchissent, parce qu'il n'y a personne pour les soulager ! Un champ d'activité immense s'ouvre ici pour le chrétien. Qui aura pitié, qui aidera, si ce n'est lui, par lequel seul peut se perpétuer le ministère de Celui qui s'écriait : J'ai compassion de cette foule ! Qui, si ce n'est lui, mettra la main à l'œuvre, là où, d'avance, il faut renoncer à rencontrer quelque réciprocité de service, d'affection ou de sacrifice, là où il faut donner sans rien attendre en retour, se donner sans même pouvoir espérer être compris ni remercié !

 

Portez les fardeaux les uns des autres ! Voilà notre tâche. Il ne nous appartient pas, à nous qui sommes spirituels, de demander avant tout qui nous aidera à porter notre fardeau, à nous, faire cela, ce serait tenir le langage du monde. Non, l'Évangile nous élève, l'Évangile nous réserve une vocation qui n'est pas d'ici-bas, bien qu'elle doive s'exercer sur cette terre de peines et de fatigues, l'Évangile nous dit de prendre le fardeau des autres et de le porter. Comment faire pour lui obéir ?

 

Il faudrait donner ici autant de réponses qu'il y a de cas particuliers, de circonstances individuelles. Les fardeaux que nous apercevons et dont nous soupçonnons l'existence sont de nature infiniment diverse. Depuis le fardeau du péché oppressant une conscience réveillée sous l'action du St-Esprit, depuis les tourments d'une âme angoissée au sujet de son salut, jusqu'au fardeau d'un embarras momentané, d'une santé affaiblie, d'une tâche journalière trop grande ou peu conforme aux goûts de celui auquel elle est confiée, d'une épreuve domestique, d'une situation difficile, quelle variété de peines et de souffrances ! Et si je me dis que, parmi tous ceux qui vivent à mes côtés, il n'en est pas un seul qui n'ait sa part, grande ou petite, connue ou inconnue, du fardeau commun, pas un non plus dont les besoins de secours soient les mêmes que ceux de tel autre, je serai tenté de reculer devant l'appel de Dieu et de me déclarer incapable de faire ce qu'il me demande. Porter les fardeaux les uns les autres ? Mais, pour vaquer à ce ministère, il faudrait la sagesse du ciel et la charité de Jésus-Christ même ! Et nous ne sommes, les uns et les autres, que des hommes remplis d'infirmités, manquant de savoir-faire, et pauvres, toujours pauvres en compassion !

 

On pourra nous dire, sans doute, que Dieu donne ce qu'il ordonne et que plus nous apprendrons à connaître Jésus-Christ par le coeur, par une foi personnelle et vivante, plus aussi nous serons rendus capables de marcher sur ses traces. Mais en attendant, et pour être encouragés, souvenons-nous d'une chose, c'est que jamais, pour ceux qui prendront au sérieux la vocation que l'Évangile leur donne, il ne s'agira d'accomplir ce qui serait vraiment au-dessus de leur pouvoir. Dans aucune de ses pages, la Bible ne nous demande l'impossible. Jamais Dieu n'est ce maître sévère qui voudrait moissonner là où il n'a pas semer. Pourvu donc que nous nous disions à quoi nous sommes destinés, et que nous nous laissions arracher à la torpeur spirituelle dans laquelle nous sommes facilement plongés, le Maître nous montrera ce que nous devons et ce que nous pouvons faire.

 

Portez les fardeaux les uns des autres, vous qui êtes spirituels : Ce sera ouvrir les yeux pour voir ce qui pèse sur le cœur et sur la vie de ceux qui nous entourent, ce sera nous laisser attendrir, ce sera apporter un témoignage de sympathie, d'amour fraternel, de compassion chrétienne, ce sera être prêt, sans doute, à accomplir quelque sacrifice digne de ce nom, mais ce sera déjà ce serrement de main dans lequel on sent le coeur. Quelquefois cependant, fort souvent même, ce que le Seigneur nous demande, ce n'est pas l'acte visible, c'est cet acte invisible plutôt qui s'appelle la prière. Qui donc, d'entre tous ceux qui ont le droit de se nommer chrétiens, ne saurait pas prier ? Et la prière, ne l'oublions pas, c'est une puissance qui allège les fardeaux les plus lourds, qui roule les pierres, qui abaisse les montagnes, qui comble les abîmes. Prie, mon frère, prie pour ceux qui s'affaissent sous leurs fardeaux, prie pour les autres, prie pour tous ceux que cette prédication a rappelés à ton souvenir et, pour ta part, tu porteras leurs fardeaux, accomplissant ainsi la loi de Christ, prouvant par ta conduite qu'il a vécu et qu'il a laissé dans ce monde des imitateurs qui prêchent son saint et grand nom, et avancent son règne de paix et de bonheur !

 

Portez les fardeaux les uns des autres ! Oui, croyons-le, il nous est possible, en Jésus-Christ, de renoncer à la vie dont vivent les enfants de ce monde, eux qui se compliquent l'existence par leur égoïsme et leur orgueil. Le Maître veut et peut nous donner d'être au service les uns des autres, unis par un même désir, celui de porter chacun le fardeau de son frère. Cela ne rapportera rien selon le monde, mais ce sera accomplir la loi de Christ, le Sauveur et le juste Juge de tous. 
Marc Pottier - ACO

 

 

 
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