Zone de confort

 

 

Zone de confort

 

 

 

Dans vos balades en forêt, vous arrive-t-il de mettre un bâton dans une fourmilière ? C’est vrai, c’est le geste stupide à ne pas faire ! Ça ne mène qu’à détruire une construction soignée, élaborée à "grand renfort de sueur" par des centaines de fourmis. Ça ne rime en fait qu’à susciter l’hostilité de ces petites bêtes qui montent le long de votre bâton, tout excitées, pour tenter de rencontrer l’intrus qui se permet de détruire leur bel ouvrage.

 

Dieu se fait "fourmi"

 

Pour communiquer avec les hommes, Dieu n’a pas pris un bâton qu’il a plongé dans la fourmilière humaine ! Il a utilisé une autre stratégie, l’ensemble de la tradition chrétienne en témoigne ! Dieu s’est fait fourmi parmi les fourmis, être humain parmi les humains. Comme le dit le prologue de l’évangile de Jean : "La Parole a été faite chair et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ..." (Jn 1.14). A l’heure des découvertes d’étoiles en dehors de notre système solaire, à l’heure de l’exploration de l’infiniment petit, on peine, même en tant que chrétien, à saisir l’audace de cette affirmation : Le grand Dieu de l’Univers, Créateur de ce monde comme de l’infiniment petit, s’est approché de nous pour nous rencontrer au travers de Jésus de Nazareth.

 

Une conviction contestée

 

Cette conviction a de tout temps connu ses détracteurs. De nombreuses personnes au sein du peuple juif, du temps de Jésus et aujourd’hui encore, récusent cette affirmation. "On attendait un Messie victorieux qui bouterait l’occupant hors de nos frontières et c’est Jésus qui est venu ! Cet homme de Nazareth ne peut être le Messie attendu par Israël" (voir Mt 9.34) Les musulmans tiennent en haute estime la personne de Jésus. Le Coran ne rappelle-t-il pas que Jésus était un grand prophète envoyé par Dieu, né d’une vierge, et même qu’il a fait des miracles de guérison ! Mais sur le statut de Jésus, ils sont intraitables ! "Dieu n’a pas de fils !" "Il n’y a qu’un seul Dieu et Mohamed est son prophète", dit la confession de foi musulmane. La récusation de l’incarnation va même plus loin, puisque le Coran affirme, quasi 6 siècles après les récits du Nouveau Testament (!), que ce n’est pas Jésus qui est mort en croix, mais que quelqu’un a pris sa place. L’idée qu’un prophète puisse connaître une mort aussi horrible que celle de Jésus, leur est insoutenable. Dieu ne peut permettre que l’un de ses prophètes connaisse une telle fin.

 

Jésus, "tabernacle" de Dieu

 

Les chrétiens authentiques maintiennent la conviction d’un Dieu qui s’incarne. A la suite de l’évangile de Jean, ils affirment que le Tout-Puissant s’est fait homme et qu’il a habité parmi nous. Il est intéressant de noter que le verbe "habiter" ("skenoo" en grec) signifie au sens premier "planter sa tente", "faire du camping". Ce mot est parent de "skenoma", utilisé pour "tabernacle", ce sanctuaire portatif qui accompagnait les Hébreux dans le désert, entre l’Egypte et la Terre promise. Dieu s’est fait homme. Il a 'tabernaclé' au milieu de nous. Il est devenu "tabernacle", présence de Dieu au milieu des hommes.

 

Et ce qui surprend, c’est que cette habitation de Dieu au milieu des hommes ne se loge pas dans des 5 étoiles ou des campings de luxe. Elle naît dans une crèche, en marge de la société palestinienne du premier siècle, au milieu de gens ordinaires comme les bergers. Elle se développe dans une famille modeste avec Marie et Joseph pour parents. Jésus, cette présence incomparable, vit dans l’anonymat et la banalité du quotidien. Ce qui laisse pantois celui qui a soif de merveilleux, de démonstration tambour battant de la présence de Dieu au cœur du monde. Jésus naît pauvre. Il vit comme un pauvre et meurt comme un moins que rien, pendu à une croix tel un pitoyable brigand, pincé par la police pour ses forfaits !

 

Un Amour qui se découvre

 

Au cœur de cette vie de fourmi insignifiante, les chrétiens reconnaissent la présence extraordinaire de Dieu. Au travers de Jésus, Dieu révèle son visage. Le visage d’un être passionné par la rencontre de ses créatures, ardemment attaché à cheminer avec l’être humain. La résurrection de Jésus intervient alors comme une sorte de sceau divin sur la vérité de la révélation de Dieu comme celui qui aime ! Dieu nous aime. Dieu t’aime, ... L’expérience de cet amour au quotidien constitue un extraordinaire point de levier pour ébranler l’inertie de notre monde.

 

Au début du 13ème siècle, un fils de marchand a pris conscience de cet amour dans la région d’Assise, au centre de l’Italie. François Bernardone, plus connu sous le nom de François d’Assise, était destiné à reprendre l’entreprise de son père, marchand drapier. Il aspirait à une carrière militaire de chevalier, mais sa rencontre de l’amour et de la tendresse de Dieu fait naître, au coeur d’un temps marqué par la violence des croisades et par les misères de la lèpre, un souffle de fraternité et de compassion. Des siècles plus tard, cet amour rencontre aussi le champion de kung-fu, Tony Anthony, alors qu’il se trouve emprisonné pour vol à la prison centrale de Nicosie à Chypre. Habité par la violence et la haine, cet Anglais, à moitié Chinois par sa mère, voit sa vie prendre une tout autre orientation. Il avait les mains couvertes de violence et de sang. L’amour de Dieu fait fondre ce bloc de glace et ouvre cet homme à la confiance et au pardon. Dorénavant, il témoigne de cet amour de Dieu aux quatre coins du monde.

 

Dieu sort de sa zone de confort !

 

"La Parole a été faite chair et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ..." (Jn 1.14). Pour exprimer cette réalité en français courant, on pourrait dire que Dieu a chaussé les baskets humaines. Comme le rappelle l’épître de Paul aux Philippiens (2.6), Jésus n’a pas "estimé comme une proie à arracher d’être l’égal de Dieu, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant la condition d’esclave". Jésus n’a pas souhaité conserver à tout prix son standing divin et la communion qu’il avait avec le Père et l’Esprit. Dieu est sorti de sa zone de confort. Il a risqué la rencontre avec l’humanité pour lui communiquer quelque chose d’essentiel sur son identité : Son amour pour nous !

 

La France, entre autres pays – à tort ou à raison – est perçue aujourd’hui comme un pays qui se replie sur sa zone de confort. Elle aurait peur des étrangers, peur des requérants d’asile, peur de l’islam, peur de la mondialisation, peur d’une précarisation de son mode de vie ... Elle vivrait un profond repli sur elle-même et tenterait de s’abriter derrière ses certitudes et de rester bien emmaillotée dans sa zone de confort. Pour certains, les chrétiens évangéliques seraient dans la même dynamique. Ils seraient devenus frileux, très attachés à un train-train confortable. Ils auraient aussi peur de perdre leurs acquis. Ils mèneraient un mode de vie quasi en tout point conforme aux standards matériels du jour. Leur horizon privilégié serait la consommation comme Madame et Monsieur Tout le monde.
Alain Hocq - ACO

 

 
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